Interview Daniel Dobbeni, CEO Elia
Dans le courant du mois de juin Elia, le gestionnaire du réseau d’électricité à haute tension en Belgique, a réalisé avec succès une augmentation de capital de 300 millions d’euros. Les moyens financiers seront utilisés pour le financement de l’achat de 60% du gestionnaire de réseau de transport allemand 50Hertz Transmission Gmbh. Depuis son introduction en bourse en juin 2005, Elia a connu une existence relativement tranquille et discrète sur NYSE Euronext Brussels, mais cela semble changer. Nous avons soumis quelques questions à Daniel Dobbeni, CEO de la société, pour en connaître les détails."
Monsieur Dobbeni, la libéralisation du marché de l’électricité n’a pas seulement eu un impact sur la production, mais aussi sur le transport d’électricité. Pouvez-vous nous donner un aperçu de votre secteur?
L’un des principaux moteurs de l’évolution récente des réseaux de transport d’électricité résulte des politiques européennes en matière d’énergie et de lutte contre le réchauffement climatique, à savoir: la sécurité d’alimentation à moyen et long terme, la couverture de 20% de la consommation en énergie par des sources d'énergie renouvelable (ce qui se traduit pour l’électricité à près de 35% de la production au départ de sources d’énergie renouvelable) et la création d’un marché européen de l’électricité. Cette évolution implique que de grands volumes d’électricité s’échangent librement et en sécurité entre et au sein des états membres pour les trois raisons principales suivantes. En premier lieu, le recours massif à l’énergie éolienne nécessite un développement majeur de nouvelles infrastructures de transport d’électricité (tant en mer que sur le continent). D’une part, les grands parcs d’éoliens sont pour la plupart éloignés des centres de consommation et, d’autre part, la nature variable de leur production requiert un accès rapide et permanent à d’autres sources de production. Afin de réduire l’impact des variations locales des vents, les parcs d’éoliens en mer seront progressivement connectés entre eux et reliés en plusieurs points du continent, donnant ainsi naissance à de véritables réseaux de transport d’électricité situés en mer. Ensuite, l’intégration des marchés de gros de l’électricité au sein de l’Europe continentale de l’Ouest nécessite également un renforcement des capacités de transport entre ces marchés. Ainsi, l’extension du couplage des marchés entre la Belgique, la France et les Pays-Bas, démarré en 2006, sera étendue cette année à l'Allemagne, au Luxembourg et aux pays scandinaves. Ce couplage sera ensuite élargi au Royaume-Uni puis, un peu plus tard, à l’Europe du Sud-ouest et du Sud-est; donnant lieu à un marché de gros pour près de 70% de la consommation électrique en Europe. Enfin, la variété croissante des technologies de production électrique au sein des réseaux de transport et de distribution, dont une part importante à caractère variable, rend la gestion des systèmes électriques de plus en plus complexe. Cette complexité implique de faire appel aux technologies de l’information et des télécommunications (« smart grids »), afin d’être en mesure de réagir rapidement aux déséquilibres instantanés entre la production et la consommation ou au dépassement des capacités de transport ou de distribution disponibles. Afin de chiffrer l’ampleur des investissements en infrastructure de transport d’électricité induits par ces trois objectifs à l’horizon de 2015, l’association des gestionnaires de réseau en Europe (ENTSO-E) a identifié des projets pour quelques 23 à 38 milliards d’euros. Ils induisent également des développements majeurs au niveau des mécanismes de marché, de la gestion opérationnelle et des technologies à mettre en œuvre. L’ampleur de ces évolutions va de pair avec un mouvement de consolidation au niveau des réseaux de transport comme des bourses d’électricité. Afin d’être en mesure de jouer un rôle majeur dans ce contexte évolutif, Elia a pris de nombreuses initiatives au cours des cinq dernières années, qu’il s’agisse d’offrir des outils informatiques performants aux acteurs du marché, de la création de la bourse belge d’électricité ou du premier centre de surveillance des flux d’énergie entre plusieurs pays. L’acquisition du gestionnaire de réseau allemand 50Hertz Transmission et la transaction par laquelle Elia vend sa participation dans Belpex, la bourse belge de l’électricité, à Apx-Endex, la bourse néerlandaise de l'électricité, tout en participant à concurrence de 20 % dans celle-ci, poursuivent cette démarche tout en veillant à créer de la valeur pour nos clients et pour nos actionnaires. On ne peut pas nier la croissance importante des réseaux de transport d’électricité pour le marché, mais quelle est l’importance stratégique pour Elia d’acheter 50Hertz en Allemagne, de plus que le réseau de 50Hertz ne touche pas le réseau d’Elia? Il ne fait plus aucun doute que les réseaux de transport d’électricité sont la clef de voûte de la décarbonisation de la production électrique. Par leur localisation géographique, Elia et 50Hertz sont partie intégrante de cette évolution. Qu’il s’agisse de l’intégration massive de sources d’énergie renouvelable en mer ou d’accès aux unités de production nécessaire pour l’équilibre entre production et consommation, leurs réseaux font partie de toute solution à l’échelle de l’Europe du centre et nord- ouest. Elia et sa filiale 50Hertz font désormais partie du top 5 des gestionnaires de réseau de transport en Europe. Le groupe est donc en mesure de défendre les intérêts de ses clients et de peser sur les futures décisions en matière de réseau ou de mécanismes de marché. Elia accède également à l’expérience de 50Hertz dans la gestion d’un système électrique avec une part très importante d’unités de production à caractère variable, dans la construction de liaisons sous-marines avec des parcs d’éoliens en mer et dans l’exploitation de câbles souterrains à très haute tension (380kV). Cette connaissance sera très utile pour Elia compte tenu de l’objectif fixé par la Belgique d’installer 2000 MW d’éoliens en mer du Nord afin de réaliser l’objectif de réduction des gaz à effet de serre fixé par l’Union Européenne. L’absence de frontière commune entre les deux réseaux ne signifie pas pour autant qu’il n’existe pas de synergies entre les deux entreprises, telles que les politiques de maintenance, les standards pour l’infrastructure, les achats ou les développements informatiques et ce, afin de progresser dans la voie de l’excellence opérationnelle. Il faut se rappeler que tous les réseaux de l’Europe intercontinentale sont reliés entre eux et qu’ils sont gérés suivant les mêmes règles opérationnelles, établies par ENTSO-E. Il convient également de noter que le prix d’acquisition présente une décote importante et que, par la même occasion, Elia diversifie le risque régulatoire (les modèles de régulation sont encore définis à l’échelle des Etats) et se donne les moyens de créer de nouvelles perspectives pour son personnel et ses actionnaires.
On ne peut pas nier la croissance importante des réseaux de transport d’électricité pour le marché, mais quelle est l’importance stratégique pour Elia d’acheter 50Hertz en Allemagne, de plus que le réseau de 50Hertz ne touche pas le réseau d’Elia?
Il ne fait plus aucun doute que les réseaux de transport d’électricité sont la clef de voûte de la décarbonisation de la production électrique. Par leur localisation géographique, Elia et 50Hertz sont partie intégrante de cette évolution. Qu’il s’agisse de l’intégration massive de sources d’énergie renouvelable en mer ou d’accès aux unités de production nécessaire pour l’équilibre entre production et consommation, leurs réseaux font partie de toute solution à l’échelle de l’Europe du centre et nord- ouest. Elia et sa filiale 50Hertz font désormais partie du top 5 des gestionnaires de réseau de transport en Europe. Le groupe est donc en mesure de défendre les intérêts de ses clients et de peser sur les futures décisions en matière de réseau ou de mécanismes de marché. Elia accède également à l’expérience de 50Hertz dans la gestion d’un système électrique avec une part très importante d’unités de production à caractère variable, dans la construction de liaisons sous-marines avec des parcs d’éoliens en mer et dans l’exploitation de câbles souterrains à très haute tension (380kV). Cette connaissance sera très utile pour Elia compte tenu de l’objectif fixé par la Belgique d’installer 2000 MW d’éoliens en mer du Nord afin de réaliser l’objectif de réduction des gaz à effet de serre fixé par l’Union Européenne. L’absence de frontière commune entre les deux réseaux ne signifie pas pour autant qu’il n’existe pas de synergies entre les deux entreprises, telles que les politiques de maintenance, les standards pour l’infrastructure, les achats ou les développements informatiques et ce, afin de progresser dans la voie de l’excellence opérationnelle. Il faut se rappeler que tous les réseaux de l’Europe intercontinentale sont reliés entre eux et qu’ils sont gérés suivant les mêmes règles opérationnelles, établies par ENTSO-E. Il convient également de noter que le prix d’acquisition présente une décote importante et que, par la même occasion, Elia diversifie le risque régulatoire (les modèles de régulation sont encore définis à l’échelle des Etats) et se donne les moyens de créer de nouvelles perspectives pour son personnel et ses actionnaires.
Votre secteur est caractérisé par une régulation nationale stricte. Quels sont les avantages/désavantages?
Etant un monopole naturel et légal, il va de soi que notre activité doit être régulée. Contrairement à la perception suivant laquelle la régulation ne présente que des désavantages, elle offre l’avantage pour l’entreprise et ses actionnaires d’un environnement stable et défensif, eu égard aux incertitudes et aux risques inhérents à un environnement concurrentiel, en particulier dans le contexte économique actuel. Ainsi, à titre d’exemple, la rémunération de nos activités régulées en Belgique est insensible au volume d’énergie transporté et à l’évolution des charges d’intérêt. Elia est également incitée à améliorer sa productivité au bénéfice des consommateurs et, dans la mesure du possible, au bénéfice de ses actionnaires en dépassant l’objectif fixé par le régulateur. Il en est de même pour notre filiale qui bénéficie d’un retour sur fonds propres attractif, par exemple pour les investissements situés en mer. Les deux entreprises sont donc peu sensibles aux facteurs externes tels que la crise économique tout en offrant la possibilité de bénéficier des opportunités créées par les politiques européennes.
Une consolidation pro forma de 50Hertz sur les chiffres de 2009 montre d’une part qu’Elia réalisera une plus-value importante sur cette transaction, d’autre part on constate que le bénéfice net courant présente une baisse. Pouvez-vous expliquer ces 2 élém.
L’importante plus-value comptable de € 255m (environ € 4 par action) résulte du prix attractif pour l’acquisition de 50Hertz Transmission, donnant lieu à une réduction d’environ 40% sur l’actif régulé et sur la valeur comptable (fonds propres). Etant donné qu’il s’agit d’une entreprise disposant d’actifs récents (renouvelés à plus de 90% après la réunification allemande), cette réduction ne peut pas être imputée aux actifs sous-jacents. Une analyse séparée de la « fair value » a été réalisée par un bureau d’accounting international. Elle a confirmé que la différence entre la « fair value » et le prix payé doit intégralement être comptabilisée dans les résultats IFRS; laquelle donne lieu à l’importante plus-value comptable sur l’acquisition. La décote pour 50Hertz Transmission résulte de plusieurs éléments dont la mise en œuvre prochaine de la troisième directive européenne pour le marché unique de l’électricité et l’acquisition de moyens de production en Europe par son propriétaire antérieur et ce, eu égard aux investissements nécessaires dans le réseau de transport pour le développement des sources d’énergie renouvelable. En ce qui concerne votre question relative à la baisse du bénéfice courant par action: ceci n’apparaît que sur base des chiffres pro forma 2009, publiés à l’occasion de l’augmentation de capital. Vu que 50Hertz a enregistré en 2009 un résultat s’élevant à quelque € 10 millions et que, suite à l’augmentation de capital, quelque 12 millions (25%) d’actions nouvelles ont été créées, il est logique que le bénéfice net consolidé pro forma par action soit en baisse. Il faut cependant savoir que le bénéfice de 50Hertz en 2009 n’est pas comparable aux bénéfices futurs. Depuis 2010, le cadre régulatoire allemand a été amélioré pour deux éléments ayant joué un rôle particulièrement négatif en 2009. D’une part, le coût de la capacité et de l’énergie nécessaire, entre autres, à l’équilibre entre la production et la consommation et à la couverture des pertes (environ € 270 millions) peut désormais être répercuté dans les tarifs de transport (avec pour l’entreprise un bonus ou un malus égal à 5% maximum du montant total). D’autre part, les coûts liés au processus d’achat/vente de l’énergie renouvelable peuvent désormais être intégralement répercutés dans les tarifs. Fin août, lors de la publication des résultats semestriels, les investisseurs seront en mesure d’apprécier la contribution de notre filiale au bénéfice consolidé du groupe Elia. Il faut également noter que la contribution des investissements en mer Baltique au profit régulé de notre filiale en est à ses débuts vu que le nouveau cadre régulatoire a été mis en œuvre à partir de 2009.
Et la question la plus importante pour l’investisseur privé: que peut-il attendre de l’évolution du dividende?
Comme tout autre gestionnaire de réseau, Elia propose une politique de dividende stable dans le temps grâce à des revenus qui sont prévisibles et largement protégés des aléas économiques et financiers. Cette politique vise un dividende au minimum égal au dividende de l’année précédente et, si possible, en augmentation avec l’inflation (car, entre autres, directement lié à l’évolution de l’OLO à 10 ans). Avec l’acquisition de 60% de 50Hertz Transmission, Elia répartit le risque de régulation dès lors que les revenus régulés du groupe dépendent de deux régulations distinctes (au même titre qu’un portefeuille d’actions vise à répartir le risque sur différentes entreprises et secteurs). Cette politique de dividende est bien sûr sous réserve de certaines circonstances des marchés financiers (par exemple l’OLO belge) ou de modifications du cadre régulatoire avec impact négatif important sur la rentabilité, lesquelles présentent une faible probabilité compte tenu de l’importance des réseaux de transport dans l’achèvement des politiques européennes pour l’énergie et le changement climatique au cours des prochaines décades.
En savoir plus:
www.elia.be
InSight Juin 2010