En fait, c’est tellement évident pour un investisseur particulier qu’il ne s’en rend plus compte: il donne un ordre d’achat ou de vente à sa banque ou à son intermédiaire financier, qui, à son tour, s’assure que l’ordre soit exécuté en bourse. Cependant, cette manière de travailler n’est plus si évidente. Ainsi, certains grands acteurs de marché optent – à côté de la négociation en bourse régulière – pour une exécution de leurs ordres directement entre parties. La négociation entre parties des instruments d’investissement est appelée la négociation de gré à gré, c'est-à-dire que les instruments ne sont pas négociés en bourse, mais de gré à gré.
Prix objectifs
Pour un investisseur particulier, il est important de connaître les conséquences éventuelles du trajet d’un ordre, c’est-à-dire à partir de son instruction jusqu’à son exécution. Jusqu’il y a peu, il se contentait de voir son ordre traité, de préférence le plus vite possible. Cependant, l’exécution d’un ordre de gré à gré comporte d’autres risques dont les conséquences peuvent également affecter les investisseurs particuliers. Au cours des années, la bourse a évolué pour devenir un marché comprenant beaucoup de demandeurs et beaucoup d’offreurs. L’exemple le plus simple en est la bourse des dérivés. Lors de son démarrage, il y a trente ans, il n’y avait que quelques parties; actuellement, le marché des dérivés à Amsterdam compte de nombreux acteurs. Un marché ayant beaucoup de demandeurs et beaucoup d’offreurs est également appelé un marché liquide. Pour un investisseur, un marché liquide est le plus attrayant, parce que les prix qui y sont formés sont les plus objectifs. A la bourse des dérivés, cela se reflète dans les spreads. Un spread est la différence entre les prix de demande et les prix d’offre. Au cours des années – et surtout après le remplacement de la négociation sur le parquet par la négociation à l’écran – les spreads sont devenus toujours plus restreints. Cette évolution pouvant être comparée avec la négociation de gré à gré, où il n’y a que quelques parties en jeu, il deviendra clair que la bourse offre la meilleure garantie pour une formation objective des prix. Si le nombre de parties réglant leurs transactions entre eux augmente, la liquidité se disperse et met ainsi un frein à une formation correcte des prix.
Compensation et risque de contrepartie
Outre la formation des prix, un autre argument important nous incite à regarder la négociation de gré à gré d’un œil critique. Les transactions en bourse sont toujours compensées. La compensation est un processus méticuleux lors duquel les transactions en bourse sont réglées de manière administrative et financière. La compensation constitue une partie importante de la négociation en bourse, puisque celle-ci est anonyme. Un investisseur ne sait jamais qui est le vendeur ou l’acheteur de ses produits d’investissement, ce qui exclut tout risque de contrepartie à la bourse et constitue donc un grand avantage pour les investisseurs. En effet, un investisseur effectuant une transaction en bourse ne doit jamais craindre que la contrepartie ne payera pas ou restera en demeure lors de la livraison des pièces. La question est de savoir comment les transactions de gré à gré seront compensées. Une question qui reste sans réponse, étant donné que le règlement des transactions dépendra des accords entre les parties. Il est très probable qu’il y aura toujours un certain risque de contrepartie; en effet, c’est inhérent à la négociation entre un nombre limité de parties. Les investisseurs susceptibles de rencontrer, dans le futur, des banques ou des intermédiaires financiers négociant de gré à gré sont conseillés d’exiger des garanties quant aux prix objectifs et à l’absence du risque de contrepartie.
Transparence et contrôle
De ce qui précède, on peut encore déduire d’autres questions incitant les investisseurs à être attentifs. Tout d’abord, la négociation de gré à gré se caractérise par un manque de transparence. Comme on l’a déjà vu, il n’est pas très clair comment les prix se forment et comment fonctionne la compensation. En outre, il est incertain comment s’organise le contrôle de telles transactions. Les règles de jeu valant sur la plateforme de négociation de la bourse, valent pour toutes les parties. La négociation de gré à gré n’est pas réglementée et, en plus, le rôle que les autorités de contrôle peuvent jouer n’est pas précisé. Une autre question qui se pose est celle de savoir comment le processus se déroulera dans des situations dans lesquelles les investisseurs ont émis des options call et sont assignés pour livrer les pièces quand les options sont devenues in-the-money. A la bourse, l’assignation se déroule selon un système strictement neutre.
Et finalement: les options négociées à la bourse des dérivés sont standardisées. Dans chaque contrat, les droits et les obligations liés sont très clairs. On peut se demander dans quelle mesure on peut encore parler de standardisation lorsque les produits dérivés sont négociés de gré à gré. Une option négociée de gré à gré à la banque ou chez l’intermédiaire financier A peut différer d’une option négociée à la banque ou chez l’intermédiaire B, ne fut ce qu’en ce qui concerne le marché – ou la contrepartie – où cette option peut oui ou non être négociée. Cela ne facilite pas les choses pour les investisseurs.
Confiance
Il est évident que la négociation de gré à gré peut changer beaucoup de choses. En tant qu’investisseur, vous avez droit à un marché transparent avec des produits et des prix précis qui sont le résultat de la liquidité du marché. Le marché central, en combinaison avec une organisation de compensation professionnelle, a prouvé pouvoir exclure le risque de contrepartie. Bref, le marché central, comme vous le connaissez, est un environnement dans lequel vous pouvez vous occuper de vos investissements tout en étant assuré d’un bon règlement de ceux-ci.
insight Janvier 2010